« Terre des hommes », accompagnement textuel d’une série photographique de Jean Noviel, 2018

« Les arbres si rares sont des morts restés debout. »
Guillaume Apollinaire.
La seconde bataille de Champagne a duré douze jours à compter du 25 septembre 1915. Côté français, près de 28.000 morts, plus de 98.000 blessés, 55.000 prisonniers et disparus environ. À Tahure, Guillaume Apollinaire écrivit à Lou. Au nord de la ferme de Navarin, Blaise Cendrars perdit sa main droite et Pierre Noviel, la vie, dans celle de Beauséjour. Aujourd’hui, les poids lourds traversent les anciens champs de bataille. Les tracteurs retournent les sillons témoins des tueries, les chemins de traverse sont devenus « départementales ». L’on passe la tondeuse dans le cimetière.
S’il est devenu difficile de lire la ligne de front, il n’en reste pas moins une topographie impitoyable pour les poilus restés accrochés comme des marionnettes aux barbelés, ensevelis dans les cratères des obus, étouffés par la terre « pouilleuse » en hautes herbes, auparavant réserve de chasse des nantis de Reims ou cultures ingrates laissées aux paysans début vingtième. Banalité et platitude, ni exotique ni bucolique. Peu de reliefs où se protéger, peu de végétation où se cacher. L’on imagine sans peine les soldats à la merci du paysage.
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